Pendant plus de trente ans, le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK)a été considéré comme une maladie essentiellement gynécologique. Son nom évoque d’ailleurs directement les ovaires et les multiples petits follicules visibles à l’échographie. Pourtant, les connaissances scientifiques ont considérablement évolué. Aujourd’hui, les chercheurs savent que cette affection ne se limite pas aux ovaires et qu’elle touche l’ensemble du métabolisme de la femme.

C’est pourquoi un nombre croissant d’experts proposent désormais de parler de syndrome métabolique ovarien polyendocrinien (SMOP). Cette nouvelle appellation traduit beaucoup mieux la réalité de cette maladie chronique, qui associe des troubles hormonaux, métaboliques, reproductifs et parfois psychologiques. Au-delà d’un simple changement de nom, cette évolution marque une nouvelle façon de comprendre, diagnostiquer et prendre en charge une pathologie qui concerne environ 10 % des femmes en âge de procréer.

Pourquoi le terme « syndrome des ovaires polykystiques » est-il insuffisant ?

Le nom SOPK est trompeur à plusieurs titres.

D’abord, toutes les femmes atteintes ne présentent pas d’ovaires polykystiques à l’échographie. À l’inverse, de nombreuses femmes présentent cet aspect ovarien sans souffrir du syndrome.

Ensuite, les ovaires ne sont pas le véritable point de départ de la maladie. Les recherches montrent que les anomalies métaboliques, en particulier l’insulinorésistance, jouent un rôle central dans le développement du syndrome.

Enfin, cette appellation fait oublier que le SOPK s’accompagne également s’une augmentation du risque de nombreuses complications métaboliques et cardiovasculaires, bien au-delà de la sphère gynécologique : obésité abdominale, syndrome métabolique, diabète de type 2 , stéatose hépatique (MASH, hypertension artérielle , dyslipidémie, syndrome d’apnées du sommeil.

Autrement dit, réduire cette maladie à des anomalies ne concernant que les ovaires ne reflète plus les connaissances actuelles.

Pourquoi parler plutôt de syndrome métabolique ovarien polyendocrinien (SMOP) ?

Le terme SMOP met l’accent sur les deux dimensions majeures de la maladie, intimement liées.

La dimensions métabolique

Chez une majorité de patientes, les cellules répondent moins efficacement à l’insuline, l’hormone hypoglycémiante. L’organisme en produit alors davantage pour maintenir une glycémie normale. Or, l’insuline favorise aussi le stockage des graisses.

La libération excessive d’insuline a donc pour conséquences :

  • La prise de poids, et notamment l’accumulation de graisse au niveau abdominal ;
  • Une inflammation chronique de faible intensité, dite « de bas grade » ;
  • Des anomalies du métabolisme des glucides et des lipides.

Tout cela concours à accroître le risque cardiométabolique.

La dimension reproductive

L’hyperinsulinémie chronique stimule aussi directement les ovaires, ce qui augmente la production d’androgènes. Or l’excès d’androgènes perturbe le développement normal des follicules ovariens. Les ovulations deviennent rares, voire absentes. Les cycles menstruels s’allongent, les règles deviennent irrégulières et la fertilité peut être dramatiquement altérée.

Une maladie qui touche tout l’organisme

L’une des principales avancées des dernières années est d’avoir compris que le SOPK est une maladie systémique, c’est-à-dire que tout l’organisme en est affecté.

Les plaintes des femmes concernées peuvent être extrêmement variées. Parmi les plus courantes :

  • Règles irrégulières ;
  • Difficultés à concevoir ;
  • Pilosité excessive (hirsutisme) ;
  • Acné persistante ;
  • Chute des cheveux ;
  • Fatigue chronique ;
  • Prise de poids au niveau abdominal ;
  • Troubles du sommeil ;
  • Anxiété ou symptômes dépressifs.

Toutes les patientes atteintes de SMOP ne présentent pas le même tableau clinique, certains symptômes pouvant être totalement absents. Cette grande variabilité clinique explique pourquoi le diagnostic est parfois posé tardivement et constitue justement l’un des arguments en faveur d’une définition plus globale de ce syndrome.

Le poids n’est pas la cause… mais il peut aggraver le syndrome

Une idée reçue persiste selon laquelle le SMOP serait uniquement lié à l’excès de poids. C’est faux ! Environ une femme sur trois atteinte de SMOP présente un indice de masse corporelle tout à fait normal. En revanche, lorsque le surpoids ou l’obésité sont présents, ils aggravent souvent les déséquilibres métaboliques et hormonaux déjà existants.

En effet, l’excès de tissu adipeux viscéral accroit l’insulinorésistance, favorise l’inflammation chronique et les perturbations du métabolisme lipidique, ce qui entretient un cercle vicieux rendant la perte de poids encore plus difficile. De plus, ces troubles s’accompagnent souvent d’une élévation de la tension artérielle et des taux de lipides sanguins, à l’origine de nombreuses complications d’ordre cardiovasculaire.

À l’inverse, plusieurs études montrent qu’une perte de poids modérée, de l’ordre de 5 à 10 %, peut déjà améliorer significativement la santé métabolique et reproductive ainsi que la qualité de vie [1].

Une prise en charge qui dépasse largement les traitements hormonaux

Pendant longtemps, le traitement du SOPK a essentiellement reposé sur l’administration d’un médicament – la metformine – pour augmenter l’insulinosensibilité, la pilule contraceptive pour rééquilibrer les taux hormonaux ou les traitements destinés à stimuler l’ovulation lorsque la grossesse était souhaitée.

Depuis quelques années, cette vision évolue. La prise en charge du SMOP repose désormais sur une approche beaucoup plus globale visant à agir sur les mécanismes métaboliques sous-jacents.

Elle associe notamment aux éventuels traitements médicamenteux des mesures destinées à améliorer l’hygiène de vie des patientes :

Cette approche multidisciplinaire est aujourd’hui considérée comme la plus efficace à long terme.

Une évolution importante pour les patientes et le corps médical

Changer le nom d’une maladie peut sembler anecdotique. En réalité, les mots influencent profondément la manière dont une maladie est perçue, diagnostiquée et traitée.

Alors que le terme SOPK conduit souvent les patientes à penser que leurs difficultés sont exclusivement gynécologiques, le terme SMOP rappelle immédiatement qu’il s’agit également d’une maladie métabolique nécessitant un suivi global, parfois pendant plusieurs décennies.

Cette évolution pourrait aussi favoriser un dépistage plus précoce des complications cardiovasculaires et métaboliques.

Elle permet enfin de mieux expliquer pourquoi certaines femmes continuent à présenter des troubles métaboliques après la ménopause, alors même que les troubles gynécologiques s’atténuent.

Cette nouvelle définition
est-elle déjà officielle ?


Pas encore. Les recommandations internationales publiées en 2023[OF19.1] continuent d’utiliser officiellement le terme syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) [2]. En revanche, de plus en plus de publications scientifiques soulignent les limites de cette dénomination historique et proposent de nouvelles appellations, parmi lesquelles le syndrome métabolique ovarien polyendocrinien (SMOP).

L’objectif n’est pas de renier les connaissances acquises, mais de mieux refléter la réalité biologique de la maladie. Comme cela s’est déjà produit pour d’autres pathologies au cours de l’histoire de la médecine, il est probable que la terminologie continue d’évoluer dans les prochaines années, à mesure que les connaissances progressent.




Ce qu’il faut retenir

CLe passage progressif du SOPK vers le SMOP illustre une évolution majeure de notre compréhension de cette maladie. Les ovaires ne représentent finalement qu’une infime partie d’un déséquilibre beaucoup plus large impliquant le métabolisme, les hormones, la reproduction, le poids, l’inflammation chronique et parfois la santé mentale.

Cette vision plus globale ouvre la voie à une prise en charge plus personnalisée, centrée non seulement sur les symptômes gynécologiques, mais aussi sur la prévention des complications cardiométaboliques à long terme. Pour les femmes concernées, cela signifie un meilleur accompagnement, un diagnostic plus complet et des stratégies thérapeutiques qui agissent sur les causes profondes du syndrome plutôt que sur ses seules conséquences.

À l’avenir, que l’on parle encore de SOPK ou que le terme SMOP s’impose progressivement, l’essentiel reste de considérer cette maladie dans toute sa complexité afin d’améliorer durablement la santé et la qualité de vie des patientes.

Bibliographie

  • Lie Fong S, et al. Implementing the international evidence-based guideline of assessment and management of polycystic ovary syndrome (PCOS): how to achieve weight loss in overweight and obese women with PCOS? J Gynecol Obstet Hum Reprod. 2021 Jun;50(6):101894.
  • Teede HJ, et al. Recommendations from the 2023 international evidence-based guidelines for the assessment and management of polycystic ovary syndrome. J Clin Endocrinol Metab. 2023;108:2447-2469

Le SOPK et le SMOP sont-ils la même maladie ?

Oui. Le SMOP désigne la même maladie que le SOPK, mais avec une appellation qui reflète mieux les connaissances actuelles. Elle souligne que ce syndrome n’affecte pas uniquement les ovaires, mais également le métabolisme et les hormones.

Pourquoi remplacer le terme SOPK ?

Le nom « syndrome des ovaires polykystiques » est jugé réducteur et parfois trompeur. Toutes les femmes atteintes n’ont pas d’ovaires polykystiques, tandis que beaucoup présentent des anomalies métaboliques majeures. Le terme SMOP met davantage en avant cette réalité.

Le SMOP s’accompagne-t-il obligatoirement d’un surpoids ?

Non. Environ une femme sur trois atteinte présente un poids normal. En revanche, le surpoids ou l’obésité sont à prendre en considération car peuvent aggraver l’insulinorésistance, les troubles hormonaux et le risque de complications cardiométaboliques.

Une perte de poids peut-elle améliorer le SMOP ?

Oui. Chez les femmes en surpoids ou obèses, une perte de poids de seulement 5 à 10 % peut améliorer la sensibilité à l’insuline, favoriser le retour de l’ovulation, régulariser les cycles menstruels et diminuer le risque de complications cardiovasculaires et métaboliques.

Le terme SMOP est-il déjà officiellement adopté ?

Pas encore. Les recommandations internationales de 2023 utilisent toujours le terme SOPK. Toutefois, plusieurs experts proposent désormais une nouvelle terminologie afin de mieux refléter les mécanismes de cette maladie complexe et systémique.