Le syndrome des ovaires polykystiques (ou SOPK) est l’une des endocrinopathies les plus fréquentes chez les femmes en âge de procréer. Il est souvent associé à des perturbations métaboliques, parmi lesquelles l’obésité figure en tête de liste. Ce lien étroit entre SOPK et surcharge pondérale complique fréquemment la prise en charge, d’où l’importance de ne pas négliger l’excès de poids dans le parcours de soin. Il est d’ailleurs aujourd’hui bien démontré qu’une perte pondérale, même modeste, peut entraîner une amélioration conséquente des manifestations cliniques de ce syndrome.
Qu’est-ce que le SOPK
Le SOPK est un trouble endocrinien multifactoriel caractérisé classiquement par un ou plusieurs des critères suivants (critères de Rotterdam) :
Aspect polykystique des ovaires à l’échographie, c’est-à-dire un nombre anormalement élevé de petits follicules.
Hyperandrogénie : il s’agit d’une surproduction d’hormones sexuelles masculines comme la testostérone, se manifestant par de l’acné, une pilosité excessive (hirsutisme), et la chute de cheveux (alopécie) ;
Troubles de l’ovulation (anovulation ou cycles menstruels irréguliers), souvent à l’origine d’infertilité ;
La présence de deux de ces trois critères, après exclusion d’autres causes (hyperthyroïdie, hyperprolactinémie, etc.), suffit au diagnostic. Les symptômes peuvent apparaître dès l’adolescence ou à l’âge adulte, et varient selon les personnes
Au-delà des manifestations gynécologiques, le SOPK est aussi une maladie métabolique. En effet, 53 à 74 % des femmes concernées présentent un surpoids ou une obésité, ainsi qu’une résistance à l’insuline et une inflammation de bas grade
SOPK et surpoids/obésité : quels sont les liens entre ces deux maladies ?
La relation entre SOPK et obésité est complexe et bidirectionnelle : l’obésité exacerbe les manifestations cliniques et biologiques du SOPK, et le SOPK favorise certaines dysfonctions métaboliques facilitant la prise de poids. Voici les principaux mécanismes identifiés de ce cercle vicieux :
Résistance à l’insuline et hyperinsulinisme
L’un des piliers de la physiopathologie du SOPK est l’insulinorésistance, présente chez 50 à 90 % des femmes atteintes, même en l’absence d’obésité [3], ce qui diminue l’efficacité de cette hormone sur ses cellules cibles (muscle, adipocytes, foie). L’hyperinsulinisme compensatoire (sécrétion accrue d’insuline par le pancréas) qui s’ensuit agit sur l’ovaire en stimulant la production d’androgènes [2].
La surcharge pondérale aggravant cette résistance à l’insuline, les femmes avec SOPK et obésité présentent souvent une insulinorésistance plus sévère que les femmes obèses sans SOPK.
Dysfonction du tissu adipeux
Le tissu adipeux des femmes avec SOPK présente lui-même des anomalies :
- Une résistance à l’insuline au niveau adipeux, même chez les femmes de poids normal, suggérant une altération intrinsèque du tissu adipeux dans le SOPK [4] ;
- Un déséquilibre dans la sécrétion de nombreuses substances (ou adipocytokines : leptine, adiponectine, cytokines pro-inflammatoires), ce qui peut renforcer l’insulinorésistance et l’inflammation de bas-grade, tout en contribuant aux perturbations métaboliques de l’organisme ;
Le stockage viscéral des graisses (graisse abdominale), prépondérant chez les femmes atteintes de SOPK, est particulièrement délétère pour la santé cardiovasculaire
Déséquilibre des hormones sexuelles
L’excès d’androgènes est à l’origine de cette prise de graisse viscérale impactant si défavorablement le métabolisme.
Le cycle endocrine hypothalamo-hypophyso-ovarien est perturbé, favorisant la sécrétion ovarienne d’androgènes [2].
Impact sur l’appétit et le métabolisme énergétique
Certaines études suggèrent que les femmes avec SOPK présentent souvent une baisse de leur métabolisme de base, ce qui représente une sorte d’“adaptation métabolique” défavorable pour la régulation du poids.
Par ailleurs, des facteurs comportementaux comme une alimentation déséquilibrée, la sédentarité ou le stress, ont un retentissement encore plus négatif dans la population SOPK, souvent à l’origine d’une prise de poids progressive et inéluctable. Par exemple, une étude longitudinale australienne a montré que les femmes avec SOPK prenaient en moyenne plus de poids que les femmes sans SOPK sur 19 ans, soit 4,6 kg en plus (0,26 kg/an) [6].

Les conséquences du SOPK sur la santé
Le SOPK ne se limite pas à des troubles gynécologiques ; il a des répercussions sur la santé métabolique, cardiovasculaire, reproductive et psychosociale.
Risque métabolique et diabète
Les femmes avec SOPK présentent :
Un risque de stéatose hépatique non alcoolique plus élevé, notamment en présence d’obésité abdominale et en lien avec toutes les perturbations métaboliques précitées.
Un risque élevé de prédiabète et de diabète de type 2, lié à la résistance à l’insuline persistante ;
Une dyslipidémie fréquente (élévation du « bon » cholestérol LDL, baisse du « mauvais » cholestérol HDL, hypertriglycéridémie), en lien avec le dysfonctionnement du tissu adipeux ;
Risque cardiovasculaire
L’association de facteurs de risque (obésité abdominale, insulinorésistance, dyslipidémie, hypertension artérielle) accroît le risque de maladies cardiovasculaires à long terme. Même chez les femmes jeunes, on observe des marqueurs précoces d’athérosclérose (plaques d’athérome, épaississement de la paroi des artères, rigidité artérielle).
Troubles de la fertilité
Le SOPK, par les perturbations hormonales qu’il induit, est une des causes majeures d’infertilité par anovulation. Les irrégularités menstruelles, l’aménorrhée ou l’oligoménorrhée sont également des troubles très fréquents dans le cadre de ce syndrome.
Autres complications
Les femmes atteintes de SOPK sont davantage sujettes à certains troubles psychologiques comme l’anxiété, la dépression, l’altération de l’image corporelle.
En lien avec les troubles cardiométaboliques, on retrouve également une augmentation du risque d’apnées du sommeil dans cette population, notamment en cas d’obésité abdominale.
Les bienfaits directs et indirects de la perte de poids sur le SOPK et ses conséquences
De nombreuses études montrent qu’une perte pondérale, même modeste, peut induire des améliorations cliniques remarquables. En effet, une réduction de 5 à 10 % du poids corporel est souvent suffisante pour observer des bénéfices à la fois métaboliques et hormonaux [7] :
- Diminution de l’insulinorésistance et donc du risque de diabète de type 2 ;
- Réduction des taux d’androgènes libres ;
- Amélioration du profil lipidique et de la pression artérielle, ce qui diminue le risque cardiovasculaire ;
- Réduction de l’inflammation de bas grade ;
- Amélioration de la qualité de vie et de la santé psychologique.
Chez les femmes infertiles avec SOPK, la perte de poids peut également restaurer l’ovulation spontanée dans une proportion non négligeable, augmenter les chances de conception naturelle ou via la stimulation ovarienne.
L’amélioration des troubles métaboliques, notamment une meilleure sensibilité à l’insuline, lève certains “freins métaboliques”, facilitant les efforts ultérieurs de perte de poids. En d’autres termes, on casse en partie le cercle vicieux.
En quoi le Programme RNPC est-il particulièrement pertinent dans le cadre du SOPK ?
Le Programme RNPC (Rééducation Nutritionnelle et Psycho-Comportementale) est une méthode structurant l’accompagnement diététique et nutritionnel en plusieurs phases, avec un suivi individualisé et régulier par un professionnel de santé formé à la prise en charge de la surcharge pondérale avec et sans comorbidités. Après la perte de poids, le rééquilibrage alimentaire est progressif, et l’accent est mis sur le changement global et durable du mode de vie afin d’inscrire cette perte de poids dans la durabilité.
Voici pourquoi le programme RNPC peut constituer un choix judicieux dans le contexte du SOPK :
Durabilité & maintien de la perte de poids : dans le SOPK, stabiliser le poids est un enjeu majeur. Le Programme RNPC propose des phases de stabilisation et d’équilibre pondéral qui aident à prévenir la reprise de poids. Par ailleurs, le Programme RNPC intègre des conseils réguliers pour une reprise ou une augmentation de l’activité physique et la gestion du stress et du sommeil, des éléments essentiels à la gestion du poids à long terme.
Approche personnalisée : chaque femme avec SOPK a un profil métabolique, hormonal, comportemental particulier, qui nécessite une adaptation de sa prise en charge ;
Suivi régulier et soutien : un accompagnement à la fois professionnel et empathique permet de motiver des femmes souvent découragées par la “résistance métabolique” de leur organisme et le manque de résultats suite à des régimes alimentaires inefficaces et moins encadrés.
L’orientations alimentaire du Programme RNPC est parfaitement compatible avec la physiopathologie du SOPK : la priorité est donnée à une alimentation à charge glycémique faible, riche en fibres, en protéines de qualité, principes très cohérents dans la cadre de l’insulinorésistance [8].
En somme, par sa structure, sa flexibilité et la pérennité de ses résultats, le Programme RNPC apparaît comme particulièrement pertinent pour les femmes atteintes du SOPK désirant une prise en charge globale.
Conclusion
Le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) est une pathologie endocrine-métabolique complexe, souvent aggravée par l’obésité. Les liens physiopathologiques entre ces eux conditions créent un cercle vicieux qui favorise la prise de poids et rend la régulation métabolique encore plus difficile. Mais la bonne nouvelle est qu’une perte de poids modeste peut entrainer des améliorations remarquables, tant sur le plan métabolique qu’hormonal.
Dans ce contexte, un programme structuré et individualisé, comme celui proposé dans les centres RNPC, peut représenter une solution particulièrement adaptée : il combine une approche alimentaire cohérente à un accompagnement psycho-comportemental fréquent et régulier. Pour les femmes vivant avec le SOPK et l’obésité, cette combinaison axée sur la modification du mode de vie offre une réelle voie d’amélioration et de réduction des risques sur le long terme.
Références
Dason ES, et al. Diagnostic et prise en charge du syndrome des ovaires polykystiques. CMAJ. 2024 Apr 7;196(13):E449–E459
Su P, et al. Physiopathology of polycystic ovary syndrome in endocrinology, metabolism and inflammation. J Ovarian Res. 2025;18:34
Diamanti-Kandarakis E, Dunaif A, Insulin Resistance and the Polycystic Ovary Syndrome Revisited: An Update on Mechanisms and Implications, Endocr Rev. 2012 Dec 1;33(6):981–1030
Dumesic DA, et al. Adipose Insulin Resistance in Normal-Weight Women With Polycystic Ovary Syndrome, J Clin Endocrinol Metab. 2019; 104(6):2171–2183
Jurczewska J, et al. Abdominal Obesity in Women with Polycystic Ovary Syndrome and Its Relationship with Diet, Physical Activity and Insulin Resistance: A Pilot Study. Nutrients. 2023 Aug 20;15(16):3652
Awoke MA, et al. Weight gain and lifestyle factors in women with and without polycystic ovary syndrome. Hum Reprod. 2021 Dec 27;37(1):129-141
Scragg J, et al. Effect of Weight Loss Interventions on the Symptomatic Burden and Biomarkers of Polycystic Ovary Syndrome : A Systematic Review of Randomized Controlled Trials. Ann Intern Med. 2024 Dec;177(12):1664-1674
Gautam R, et al. The Role of Lifestyle Interventions in PCOS Management: A Systematic Review. Nutrients. 2025 Jan 16;17(2):310
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