L’infertilité touche aujourd’hui près d’un couple sur six, et les parcours de procréation médicalement assistée (PMA) représentent pour beaucoup un véritable marathon physique et émotionnel. Parmi les nombreux facteurs susceptibles d’influencer la fertilité, le poids corporel, et plus précisément l’excès de masse grasse, occupe une place souvent sous-estimée. Pourtant, les recherches sont formelles : le surpoids et l’obésité perturbent l’équilibre hormonal, altèrent la qualité des ovocytes et des spermatozoïdes, et réduisent les chances de succès des protocoles de PMA.

À l’inverse, une perte de poids modeste peut contribuer à restaurer les fonctions reproductives, et même favoriser la réussite des traitements de la fertilité. Encore faut-il savoir comment s’y prendre…

Cet article fait le point sur les liens étroits entre surcharge pondérale et infertilité, les bénéfices attendus d’une perte de poids bien conduite, et la manière dont une approche structurée comme le Programme RNPC peut s’intégrer dans un projet de grossesse.

Surcharge pondérale et infertilité : des liens scientifiquement avérés

La surcharge pondérale, en particulier l’obésité, s’accompagne d’altérations hormonales et métaboliques qui affectent profondément la fonction reproductive féminine et masculine.

Chez la femme, l’excès d’adiposité viscérale favorise la résistance à l’insuline, soit une diminution de l’efficacité de l’insuline sur ses tissus cibles. Pour compenser, le pancréas réagit en produisant davantage d’insuline, et c’est cet hyperinsulinisme compensatoire qui perturbe l’activité des ovaires. En effet, l’hyperinsulinémie chronique stimule la stéroïdogenèse ovarienne et la production d’androgènes, dérègle l’axe hypothalamo-hypophyso-ovarien, désorganise le cycle menstruel et complique l’ovulation [1]. Ces mécanismes, fréquents dans le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK), expliquent en partie l’anovulation, les cycles menstruels irréguliers, la moindre réceptivité endométriale et les taux de succès plus faibles des procédures de PMA chez les patientes en surpoids ou obèses [2].

Chez l’homme, le surpoids est associé à une diminution du taux de testostérone, à des anomalies de la spermatogenèse et à une augmentation de la fragmentation de l’ADN spermatique, des paramètres associés à une baisse des chances de conception naturelle et à de moins bons résultats en PMA [3, 4].

À tout cela s’ajoutent les adipokines (leptine, adiponectine, cytokines inflammatoires) directement sécrétées dans la circulation sanguine par le tissu adipeux lui-même. Ces molécules, en favorisant notamment le développement d’une inflammation de bas grade dans tout l’organisme, altèrent la qualité/maturation ovocytaire et l’implantation de l’embryon dans l’utérus [5].

Pour revenir sur la PMA, plusieurs synthèses récentes de la littérature montrent un impact défavorable de l’obésité sur les paramètres et les issues des procédures : besoins de doses gonadotropes plus élevées pour stimuler l’ovulation, moins d’ovocytes matures générés, moindre taux de grossesses cliniques et de naissances vivantes. Dans toutes les cohortes considérées, l’excès pondéral apparaît donc régulièrement comme un facteur pronostique négatif [2].

Perdre du poids pour améliorer sa fertilité

Bonne nouvelle : une perte de poids même modérée (10 % du poids corporel initial) peut, chez de nombreuses femmes, améliorer le profil hormonal, restaurer l’ovulation et la régularité des cycles, augmentant ainsi les chances d’obtenir une grossesse spontanée ou sous induction ovulatoire [6].

Chez les hommes, une réduction pondérale similaire peut restaurer l’équilibre hormonal et améliorer certains paramètres spermatiques.

Concernant la PMA, la littérature scientifique est plus nuancée : certaines études montrent une amélioration des grossesses cliniques après perte de poids, d’autres ne retrouvent pas d’effet sur le taux de naissances vivantes quand l’amaigrissement précède immédiatement une fécondation in vitro (FIV). Cela ne disqualifie pas pour autant la démarche, au contraire ! Car au-delà de la fertilité, la perte d’un excès de poids réduit les risques obstétricaux liés au développement d’un diabète gestationnel, d’une hypertension artérielle gravidique, ou de complications pendant l’accouchement, (notamment anesthésiques), sécurisant ainsi le parcours de grossesse jusqu’à la naissance de l’enfant.

Combien de kilos perdre, comment et quand ?

L’objectif doit être à la fois réaliste, durable, et suffisant pour avoir un impact conséquent sur la fertilité : viser d’abord 5 à 10 % du poids corporel initial. Ce palier suffit souvent à obtenir un bénéfice clinique.

Si la perte de poids est essentielle, il ne faut surtout pas qu’elle se traduise par une fonte musculaire et une dénutrition, ce qui nuirait à la fertilité et au bon déroulement d’une grossesse. L’idéal : une approche structurée basée sur un véritable programme de rééducation nutritionnelle, et une alimentation hypocalorique mais incluant des protéines en quantité suffisante, des fibres et des graisses de bonne qualité. L’activité physique régulière doit également être mise à l’honneur, ainsi qu’une bonne gestion du sommeil et du stress [6].

Quant au calendrier par rapport à la PMA, il faudrait idéalement envisager un programme d’amaigrissement encadré avant d’initier/relancer la PMA pour en maximiser les chances de réussite.

La décision de temporiser ou non la PMA pour maigrir reste individuelle, en fonction notamment de l’âge maternel et de la réserve ovarienne [7].

Le Programme RNPC, une option cohérente et compatible avec un projet de grossesse

Pour de nombreuses personnes, obtenir une perte de poids conséquente et durable nécessite cadre, suivi et personnalisation. Le Programme RNPC (Rééducation Nutritionnelle et Psycho-Comportementale) propose justement une prise en charge diététique individualisée, en plusieurs phases : bilan initial, phase d’amaigrissement, phase de stabilisation, puis phase d’équilibre pondéral avec un suivi au long cours.

Le programme met en avant une préservation de la masse maigre via un apport protéique adapté, et une alimentation riche en nutriments grâce à un encadrement par des diététiciens. Ces points sont essentiels pour maintenir les dépenses énergétiques de base et soutenir la fertilité, la fonte musculaire et la dénutrition étant à éviter dans le cadre d’un projet de grossesse.

L’accompagnement psycho-comportemental, qui va au-delà du simple contrôle du poids et de l’alimentation, met l’accent sur une modification globale des habitudes de vie, notamment concernant l’activité physique. Cette approche vise entre autres à prévenir l’effet de rebond pondéral qui suit la plupart des régimes classiques.

De surcroit, les centres RNPC insistent sur la coordination avec le médecin traitant et les médecins spécialistes des patients, en particulier dans le cadre de parcours de soins multidisciplinaires comme la PMA.

Conclusion

En cas d’infertilité ou dans le cadre d’un parcours de PMA, la surcharge pondérale constitue un élément défavorable mais modifiable pour le succès d’une grossesse. Grâce à une perte de poids efficace et encadrée, on peut :

  • Agir sur les déterminants métaboliques, inflammatoires et hormonaux à l’origine de la difficulté à procréer ;
  •  Augmenter ses chances de concevoir naturellement ;
  • Optimiser certains paramètres clés de la réussite d’une procédure de PMA ;
  • Réduire les risques obstétricaux une fois la grossesse initiée.

Une solution structurée comme le Programme RNPC offre un cadre sécurisé pour atteindre ces objectifs tout en améliorant sa santé à long terme

Références bibliographiques

  • Lei R, Chen S, Li W. Advances in the study of the correlation between insulin resistance and infertility. Front Endocrinol (Lausanne). 2024 Jan 26;15:1288326
  • Turner F, et al. Impact of BMI on fertility in an otherwise healthy population: a systematic review and meta-analysis. BMJ Open. 2024 Nov 1;14(10):e082123
  • Cannarella R, et al. Obesity and male fertility disorders. Mol Aspects Med. 2024 Jun;97:101273
  • Andrabi SW, et al. Sperm DNA Fragmentation: causes, evaluation and management in male infertility. JBRA Assist Reprod. 2024 Jun 1;28(2):306-319
  • Zheng L, et al. Obesity and its impact on female reproductive health: unraveling the connections. Front Endocrinol (Lausanne). 2024 Jan 9;14:1326546
  • Sustarsic A, et al. The influence of lifestyle interventions and overweight on infertility: a systematic review, meta-analysis, and meta-regression of randomized controlled trials. Front Med (Lausanne). 2023 Nov 1;10:1264947
  • Michalopoulou M, et al. The Effect of Weight Loss Before In Vitro Fertilization on Reproductive Outcomes in Women With Obesity : A Systematic Review and Meta-analysis. Ann Intern Med. 2025 Sep;178(9):1298-1313

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