Microbiote intestinal et poids : une relation de plus en plus étudiée
Notre intestin abrite plusieurs milliers de milliards de micro-organismes – principalement des bactéries, mais aussi des virus, des champignons et des levures – qui constituent le microbiote intestinal. Cet écosystème microbien participe à la digestion, à la synthèse de certaines vitamines, au fonctionnement du système immunitaire et à de nombreux mécanismes impliqués dans notre santé métabolique.
Depuis plusieurs années, les chercheurs s’intéressent particulièrement à l’influence du microbiote intestinal sur le poids . Les données disponibles montrent en effet que le surpoids et l’obésité – et plus généralement, les maladies métaboliques – sont fréquemment associés à des modifications du microbiote intestinal, regroupées sous le terme de dysbiose. Une moindre diversité/richesse microbienne et certaines compositions bactériennes ont notamment été associées à une obésité plus sévère et à des perturbations métaboliques plus fréquentes [1].
C’est précisément ce qu’a cherché à explorer l’étude GUT-Inside , réalisée chez des patients suivant le Programme RNPC. Publiée dans Biomedicines en 2022, elle apporte des informations particulièrement intéressantes sur la façon dont le microbiote évolue au cours d’une perte de poids obtenue en conditions de vie réelle [2].
L’étude GUT-Inside : examiner le microbiote avant et après 10 % de perte de poids
L’étude a inclus 263 adultes en situation de surpoids ou d’obésité, recrutés dans 64 centres RNPC en France. Leur microbiote intestinal a été analysé à partir d’échantillons de selles prélevés avant le début du programme. Chez 163 participants, un second prélèvement a pu être analysé après une perte de 10 % du poids initial.
Les participants suivaient la phase d’amaigrissement du Programme RNPC, reposant sur une alimentation hypocalorique, riche en protéines et pauvre en glucides à index glycémique élevé. Certains consommaient également un complément nutritionnel contenant plusieurs souches de micro-organismes vivants (probiotiques).
En moyenne, les participants pesaient environ 90 kg au départ, avec un IMC moyen proche de 33 kg/m². Chez les 163 personnes suivies jusqu’à qu’ils aient perdu 10 % de leur poids initial, le poids moyen est passé de 90,4 à 80,4 kg, le tour de taille de 106,9 à 96,3 cm et le taux de masse grasse de 40,8 à 37,7 %. Plusieurs paramètres métaboliques se sont également améliorés, notamment la glycémie, l’insulinémie, l’HbA1c, les triglycérides et le cholestérol.
Mais l’originalité de GUT-Inside était ailleurs : regarder ce qui se passait simultanément dans l’intestin.
Un microbiote moins diversifié associé à un profil métabolique moins favorable
Avant même la perte de poids, les chercheurs ont observé une relation entre diversité du microbiote et état métabolique des patients inclus dans l’étude. Plus le poids et l’IMC étaient élevés, plus la richesse en espèces bactériennes tendait à être faible.
Les chercheurs ont ensuite identifié quatre grands profils de microbiote, appelés entérotypes. L’un d’eux a particulièrement retenu leur attention : l’entérotype Bacteroides 2, ou Bact2. En effet, l’entérotype Bact2, précédemment identifié comme étant particulièrement associé à l’obésité et les maladies métaboliques, était plus répandu chez les patients GUT-Inside présentant un IMC, un poids ou un tour de taille plus élevés, mais aussi des altérations métaboliques (insulinorésistance et apnées du sommeil notamment), confirmant pour la première fois dans une intervention en vie réelle ce qui avait été observé en clinique [3]. Il était environ trois fois plus fréquent chez les participants dont l’IMC était supérieur ou égal à 35 kg/m² que chez ceux en simple surpoids.
Il serait néanmoins excessif d’en conclure que ce microbiote provoque l’obésité. L’étude met en évidence des associations, pas une relation simple de cause à effet. Alimentation, poids, métabolisme et microbiote s’influencent probablement mutuellement.
La perte de poids peut-elle améliorer le microbiote intestinal ?
C’est l’un des résultats les plus intéressants de GUT-Inside. Lorsque les chercheurs ont considéré l’ensemble des participants, ils n’ont pas constaté d’augmentation significative de la diversité bactérienne après 10 % de perte de poids. Mais le résultat changeait radicalement lorsqu’ils tenaient compte de l’état initial du microbiote. En effet, chez les 89 participants dont le microbiote était initialement peu diversifié, la diversité microbienne s’est significativement améliorée. Autrement dit, les patients dont le microbiote était le moins diversifié au départ sont ceux chez lesquels il s’est le plus amélioré pendant la perte de poids.
La représentation de certaines espèces bactérienne a également évolué. L’abondance d’Akkermansia muciniphila, une bactérie faisant l’objet de nombreux travaux pour ses associations bénéfiques avec la santé métabolique [4], a notamment augmenté après la perte de poids.
Ces observations rejoignent une méta-analyse de 47 études, portant sur près de 2 000 participants : globalement, une perte de poids volontaire est associée à une augmentation de la diversité du microbiote intestinal, même si les réponses restent très variables d’une personne à l’autre [5].

Les probiotiques ont-ils fait une différence ?
GUT-Inside apporte ici un résultat intéressant, mais qu’il faut interpréter avec prudence.Parmi les participants dont le microbiote était initialement peu diversifié, 38 % des consommateurs du mélange de probiotiques RNPC (MGF) présentaient un entérotype Bact2 au départ, contre seulement 19 % après 10 % de perte de poids. Chez ceux qui ne prenaient pas ce complément, sa fréquence est restée à 45 %.
Ces résultats suggèrent qu’une supplémentation ciblant le microbiote pourrait favoriser certaines modifications bactériennes parallèlement à l’intervention nutritionnelle. En revanche, l’étude ne permet pas d’affirmer que cette supplémentation augmente la perte de poids elle-même et les améliorations cliniques n’étaient pas significativement différentes selon la prise ou non du complément.
C’est une distinction importante. Les probiotiques ne doivent pas être considérés comme des « produits amaigrissants ». Les méta-analyses récentes suggèrent au mieux un effet modeste et variable de certains probiotiques ou symbiotiques sur le poids et la composition corporelle [6].
Comment prendre soin de son microbiote pendant et après une perte de poids ?
L’enjeu ne consiste donc pas à rechercher une « bactérie miracle », mais à créer un environnement favorable à un microbiote diversifié et fonctionnel. Plusieurs leviers peuvent être actionnés.
Consommer suffisamment de fibres
Les fibres alimentaires constituent l’un des principaux substrats utilisés par les bactéries intestinales. Leur fermentation permet notamment la production d’acides gras à chaîne courte, comme le butyrate, le propionate et l’acétate, impliqués dans le fonctionnement de la barrière intestinale et dans différents mécanismes métaboliques.
En France, l’Anses fixe à 30 g par jour l’apport satisfaisant en fibres chez l’adulte [7]. Concrètement, cela suppose de consommer régulièrement légumes, fruits, légumineuses, céréales complètes, oléagineux et graines. Il est également intéressant de varier les sources de fibres, car toutes ne nourrissent pas les mêmes populations bactériennes
Manger varié et équilibré
Les prébiotiques sont des substrats utilisés sélectivement par certains micro-organismes et susceptibles de produire un bénéfice pour la santé. Certains types de fibres, comme l’inuline ou les fructo-oligosaccharides, en font partie.
Les probiotiques, eux, sont des micro-organismes vivants qui, lorsqu’ils sont administrés en quantité adéquate, peuvent exercer un effet bénéfique. Mais tous les probiotiques ne se valent pas : leurs effets dépendent des espèces, des souches, des doses et probablement du microbiote initial de la personne.
GUT-Inside illustre précisément cette notion : les effets les plus intéressants de la supplémentation ont été observés chez les personnes dont le microbiote était initialement peu diversifié.
Peut-on aller au restaurant pendant le Programme RNPC ?
Oui. Suivre le Programme RNPC n’interdit pas d’aller au restaurant, y compris pendant la phase d’amaigrissement. Il faut simplement apprendre à choisir des plats compatibles avec la phase en cours.
Au restaurant, il est généralement assez facile de trouver un plat de viande ou poisson accompagnés de légumes. Une grillade, une omelette, ou une salade composée dont on maîtrise suffisamment la composition peuvent, par exemple, s’intégrer parfaitement au programme.
Quelques réflexes facilitent les choses :
- Privilégier les préparations simples, grillées, rôties ou cuites sans sauces riches ;
- Demander systématiquement des légumes en accompagnement et la sauce à part lorsque c’est possible ;
- Ne pas hésiter à demander une modification du plat lorsque cela ne représente un gros effort en cuisine (par exemple, retirer les pommes de terre de l’accompagnement prévu ou bien les olives de la salade niçoise) ;
- Tenir compte des aliments déjà consommés dans la journée et des recommandations correspondant à la phase suivie.
La diététicienne peut d’ailleurs anticiper ces situations avec le patient. Un déjeuner professionnel récurrent, un restaurant familial chaque semaine ou des déplacements fréquents peuvent être intégrés dès le départ dans l’organisation du programme. Cette anticipation est souvent beaucoup plus efficace et mieux vécue qu’une logique de restriction absolue ponctuée d’exceptions perçues comme des écarts alimentaires.
Ne pas oublier le sommeil et l’activité physique
Le microbiote ne répond pas seulement à ce que nous mangeons. L’activité physique semble également capable d’en modifier la composition. Une méta-analyse de 25 études et plus de 1 000 adultes a notamment retrouvé une augmentation modeste de certains indices de diversité microbienne après une intervention basée sur l’exercice physique [10].
Le sommeil constitue un autre élément du puzzle. Les études humaines suggèrent des relations entre durée ou qualité du sommeil, rythmes circadiens et composition du microbiote, même si les données restent hétérogènes et ne permettent pas encore d’établir toutes les relations causales [11].
Ainsi, prendre soin de son microbiote revient finalement à appliquer des principes qui favorisent également le maintien du poids : une alimentation diversifiée et riche en fibres, une activité physique régulière , et un sommeil de bonne qualité .

Microbiote et perte de poids : vers une nutrition plus personnalisée ?
L’étude GUT-Inside RNPC montre surtout qu’il n’existe pas un microbiote idéal identique chez tout le monde. Deux personnes suivant une même intervention nutritionnelle peuvent présenter des réponses microbiennes différentes selon leur microbiote de départ.
À terme, l’analyse du microbiote pourrait peut-être contribuer à personnaliser davantage les stratégies nutritionnelles. Certaines études montrent déjà que des caractéristiques du microbiome initial sont associées à la réponse à différents régimes amaigrissants [12].
Il faut toutefois rester prudent : nous ne disposons pas aujourd’hui de preuves suffisantes pour utiliser couramment une analyse du microbiote afin de prédire précisément quel régime convient le mieux à une personne, combien de kilos elle perdra, ou si elle maintiendra sa perte de poids à long terme.
Conclusion
GUT-Inside apporte plusieurs informations importantes : perdre du poids ne modifie pas seulement le tour de taille, la quantité de masse grasse ou les paramètres métaboliques ; cette intervention peut également remodeler le microbiote intestinal, avec des effets particulièrement marqués chez les personnes dont le microbiote est initialement peu diversifié.
Ces résultats ne signifient pas qu’il suffirait d’agir sur le microbiote pour maigrir. Ils suggèrent plutôt que poids, alimentation, métabolisme et microbiote forment un système étroitement interconnecté.
Pour favoriser durablement un environnement intestinal favorable au développement d’un microbiote riche et fonctionnel, la conduite à tenir reste finalement très accessible : consommer suffisamment de fibres, diversifier son alimentation, envisager lorsque cela est pertinent une supplémentation en pré- ou probiotiques adaptée, pratiquer régulièrement une activité physique et préserver la qualité de son sommeil.
C’est probablement dans cette approche globale, plutôt que dans la recherche d’une bactérie ou d’un complément miracle, que le microbiote peut devenir un allié de la santé métabolique et, potentiellement, du maintien de la perte de poids à long terme.
Bibliographie
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- Vieira-Silva S, et al. Statin therapy is associated with lower prevalence of gut microbiota dysbiosis. Nature. 2020;581:310-315
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