Près d’un adulte sur deux en France est en surpoids ou obèse. Cette réalité alarmante s’accompagne de risques accrus de diabète, d’hypertension et de maladies cardiovasculaires. Pourtant, l’indice de masse corporelle (IMC), souvent utilisé pour évaluer la corpulence, ne suffit pas à lui seul pour déterminer le niveau de risque pour la santé. La mesure du tour de taille, indicateur du stockage de la graisse abdominale, se révèle être un outil simple, rapide et fiable pour compléter ce diagnostic.
Mesure du tour de taille : une évaluation rapide de votre état de santé
Le simple fait de connaître son poids, ou même son indice de masse corporelle (le fameux IMC, calculé en divisant son poids en kilogrammes par sa taille en mètres au carré) ne suffit pas pour connaître son risque pour la santé, et en particulier son risque cardiovasculaire. Car si l’IMC permet d’évaluer la corpulence d’une personne, il ne tient absolument pas compte de la répartition du poids, et notamment de la graisse, chez cette personne. Or la façon dont notre corps emmagasine l’excès de graisse peut avoir des conséquences extrêmement négatives sur notre santé.
On ne dit pas que le calcul de l’IMC doit être abandonné, mais plutôt qu’il devrait être complété par d’autres mesures, dont la mesure du périmètre abdominal, c’est-à-dire le tour de taille. Il s’agit d’une méthode d’évaluation (ou même d’autoévaluation, car vous pouvez aisément le faire vous-même) facile, rapide et peu onéreuse, le seul équipement dont vous avez besoin étant un simple mètre-ruban.
Comment mesurer correctement son tour de taille?

- Dégager la région abdominale de tout vêtement et se tenir debout, les pieds joints, les bras relâchés le long du corps.
- Prendre un mètre-ruban et le faire passer à mi-distance entre la dernière côte palpable et la crête iliaque (l’os au niveau de la hanche).
- Mesurer le tour de taille en fin d’expiration (sans retenir la respiration évidemment).
- Le mètre-ruban doit être parallèle au sol.
Comment interpréter le résultat de la mesure ? Facile, vous n’avez qu’une valeur seuil à retenir : 94 cm si vous êtes un homme et 80 cm si vous êtes une femme. Si la valeur que vous avez mesurée est supérieure au seuil qui correspond à votre sexe, vous présentez un excès de graisse abdominale et donc un risque accru de développer une maladie cardiovasculaire ou métabolique à plus ou moins long terme (selon la présence d’autres facteurs de risque tels que des antécédents familiaux, le tabac, la sédentarité, ou d’autres maladies chroniques typiquement associées à la surcharge pondérale).
Ainsi, la région de votre corps où vous accumulez la graisse peut s’avérer encore plus importante que la quantité de graisse totale que vous portez. Et un IMC considéré comme normal ne signifie pas pour autant que votre niveau de risque global et cardiovasculaire est au plus bas. Une étude issue d’une collaboration entre des chercheurs américains et tchèques a démontré, à partir des données de 1700 personnes suivies pendant 16 ans, que celles présentant une obésité abdominale (c’est-à-dire un gros ventre) mais un IMC normal avaient un risque de décès à la suite d’un problème cardiovasculaire, de crise cardiaque et d’AVC, deux fois plus élevé que celles sans obésité abdominale, quel que soit leur IMC2.
CARDIORISK : évaluer son risque cardiovasculaire global
L’outil européen SCORE (pour Systematic COronary Risk Estimation) calcule, en pourcentage, le risque d’événement cardiovasculaire fatal à 10 ans chez les individus en bonne santé apparente, entre 40 à 65 ans chez l’homme et entre 50 à 65 ans chez la femme3.
SCORE intègre 5 facteurs de risque :
- Sexe ;
- Âge ;
- Statut tabagique ;
- Pression artérielle systolique ;
- Taux de cholestérol total ;
- Taux de HDL-cholestérol.
Des tables de risque permettent la lecture visuelle du pourcentage de risque cardiovasculaire à 10 ans, du vert foncé pour un niveau de risque inférieur à 1 % au rouge foncé pour un niveau de risque supérieur à 15 % :
Un calculateur en ligne, disponible sur le site www.cardiorisk.fr, permet également la visualisation du risque cardiovasculaire global à 10 ans selon d’Agostino4 et SCORE, en comparant en plus votre niveau de risque à celui d’une population de référence : http://www.cardiorisk.fr/.
Que faire en cas de risque cardiovasculaire élevé?

Du côté de votre médecin traitant, la mesure de la tension artérielle sera complétée par la prescription d’examens sanguins, afin de rechercher de possibles anomalies. Les analyses recommandées sont :
- La glycémie à jeun ;
- Un bilan lipidique incluant, en plus des taux de cholestérol total, HDL et LDL, le taux de triglycérides ;
- Les taux de transaminases hépatiques (ALAT, ASAT, Gamma-GT) ;
- Éventuellement l’uricémie.
De votre côté, la réduction du risque cardiovasculaire passera forcément par des changements de votre mode de vie, notamment :
- L’arrêt du tabac,
- Une révision de vos habitudes alimentaires,
- La pratique d’une activité physique régulière.
Vous pourriez, orienté par votre médecin, faire appel à un diététicien en libéral ou exerçant dans des structures telles que les centres RNPC. Ces derniers proposent un programme de perte de poids complet et personnalisé, élaboré sur la base des résultats des études scientifiques les plus récentes ainsi que des recommandations officielles nationales et internationales.
Des tables de risque permettent la lecture visuelle du pourcentage de risque cardiovasculaire à 10 ans, du vert foncé pour un niveau de risque inférieur à 1 % au rouge foncé pour un niveau de risque supérieur à 15 %.
Une étude clinique franco-danoise réalisée sur plus de 12 000 patients ayant suivi le Programme RNPC a montré que ces derniers perdaient en moyenne 15 cm de tour de taille à l’issue de la phase de stabilisation2, minimisant ainsi leur niveau de risque global et cardiovasculaire.
Conclusion
La mesure du tour de taille est un indicateur aussi simple que précieux pour détecter un risque cardiovasculaire potentiel, souvent invisible à travers le seul IMC. Accessible à tous, cette évaluation peut devenir un réflexe santé essentiel, en complément d’un mode de vie équilibré et d’un suivi médical adapté.
Références
[1] Sood R, et al. Am J Health Behav. 2019;43(6):1129-35
[2] Christensen L, et al. Obes Med. 2019;14:100085
[3] Conroy RM, et al. Eur Heart J. 2003;24(11):987-1003
[4] D’Agostino RB Sr, et al. Circulation. 2008;117(6):743-53
